INTERVIEW DOUBLAGE: Marie Tirmont

Marie Tirmont - photo principale

Il y a des voix qui nous accompagnent sans qu’on s’en rende compte. Des voix qui traversent les années, les sagas, les univers… et qui finissent par faire partie de notre imaginaire. Aujourd’hui, j’ai eu envie de rencontrer l’une d’elles. Une comédienne discrète, talentueuse, qui a prêté son timbre à des héroïnes que tout le monde connaît, de Narnia à Game of Thrones, en passant par Star Wars. Je suis très heureux de vous partager cet échange avec Marie Tirmont, une artiste sincère, drôle, passionnée, et dont la voix a marqué bien plus de spectateurs qu’elle ne l’imagine.

 

Bonjour Marie, à quel âge avez-vous débuté le doublage ? Et comment êtes-vous arrivée dans ce métier ?

J’ai commencé le doublage à 12 ans, je pense. Je vivais à Nantes chez ma mère, et ma sœur Frédérique Tirmont (aussi comédienne, qui fait du doublage), qui vivait à Paris, devait me garder un jour. Elle passait des essais pour une série avec Barbara Tissier qui s’appelait « Once and Again » (Deuxième Chance), et ce jour-là Barbara lui dit : « Mais attends, ta sœur, elle a quel âge ? Parce que moi j’ai besoin d’enfants, ça m’arrangerait qu’elle essaie ! » Donc j’ai essayé, et ils m’ont choisie quelques semaines plus tard.

C’était à un moment où la temporalité du doublage n’était pas la même qu’aujourd’hui : quand on faisait une série, il pouvait y avoir une vingtaine d’épisodes, ça pouvait durer six mois de l’année. On en faisait un ou deux par semaine. C’était vraiment un style de travail qui n’est plus celui d’aujourd’hui. Donc je revenais à Paris une fois par semaine, le mercredi ou le samedi, puisque j’étais à l’école « normale » et non pas aux Enfants du Spectacle.

C’est comme ça que j’ai commencé. Ensuite j’ai passé mon bac, et je suis rentrée à Paris où j’étais née, et j’ai revu les gens petit à petit.

Est-ce que parallèlement vous faisiez du théâtre ? Ou aviez-vous une petite base artistique avant de commencer ?

Quand j’étais enfant, je prenais des cours de théâtre ou je faisais des petits spectacles chez moi, mais je n’étais pas du tout en formation. Après, quand j’ai fini mes études classiques et que j’ai eu mon bac, j’ai fait des études de théâtre à ce moment-là. Pas très longtemps à chaque fois.

Mais non, quand j’ai commencé, je n’avais pas de formation. Les essais font un peu office de casting, et il est vrai que les enfants sont rarement en formation au final.

Lors de votre premier doublage, donc sur « Once and Again », est-ce que vous vous rappelez de ce que vous avez ressenti sur le moment ?

Quand j’ai su que j’allais le faire, j’étais vraiment très heureuse. C’était la meilleure nouvelle de ma vie ! Je ne pense pas que je me suis dit sur le moment que j’allais faire ma carrière dans ce domaine, mais en tout cas je me suis dit que jouer la comédie, c’était vraiment sympa.

J’ai eu de la chance parce que c’était Dominique Bailly qui dirigeait cette série, et elle m’a appris énormément de choses. Les gens avec qui j’ai travaillé m’ont également beaucoup appris : Céline Monsarrat, Emmanuel Garijo, Noémie Orphelin… Ils ont tous participé à « m’éduquer », et j’étais vraiment contente d’être là.

Et je me rappelle très bien de la comédienne que je doublais : c’était Evan Rachel Wood, pour le rôle de Jessie Sammler.

L'actrice Evan Rachel Wood dans la série Once Again
L'actrice Evan Rachel Wood dans la série Once Again

Quel est l’endroit qui vous donne le plus d’adrénaline, ou qui vous stresse le plus : sur les planches au théâtre, ou derrière la barre pour un doublage ?

La logique voudrait que ce soit le théâtre, car l’aspect « live » fait plus peur. Mais parfois, quand on enregistre certains films qu’on aime beaucoup, avec des gens qui nous impressionnent, on peut avoir peur aussi en doublage.

C’est vrai qu’une première au théâtre devant 500 personnes, le curseur est un peu plus élevé… Mais je dirais qu’on a le trac pour les deux.

En 2005, on vous entend dans le tout premier film de la saga « Le Monde de Narnia ». Vous êtes la voix de l’actrice Anna Popplewell qui interprète le personnage de Susan Pevensie. Quels souvenirs gardez-vous de cette aventure ?

C’est loin maintenant, 2005, on ne va pas se mentir… Je me souviens que c’était Barbara Tissier qui était à la direction artistique, et que c’était un bonheur de travailler avec elle sur ces films. On rigolait beaucoup. Barbara est quelqu’un de très attentive, très vigilante à la qualité, et qui ne lâche rien. Tout ce qui rend l’exercice agréable.

Je ne me souviens plus très bien de la distribution, mais je sais qu’on avait beaucoup ri ! C’était chouette, et j’étais jeune, donc très contente : je venais de passer mon bac en plus.

Le personnage de Susan Pevensie - The Chronicles Of Narnia_Prince Caspian
Le personnage de Susan Pevensie - The Chronicles Of Narnia_Prince Caspian

Et vous connaissiez les livres avant de vous lancer dans l’aventure ?

Pas du tout ! Bon, après, moi je n’ai jamais lu « Harry Potter », j’avoue. Donc toutes ces grosses sagas tirées de bouquins, ce n’est pas trop mon domaine. Je savais que « Le Monde de Narnia » venait de livres, mais je ne les avais pas lus.

Anna Popplewell que vous retrouvez en 2023 dans le film « La Nonne : La Malédiction de Sainte-Lucie ». Une actrice dont vous êtes attachée depuis toutes ces années ?

Oui. En fait, c’est drôle parce qu’ensuite elle a fait une longue série qui s’appelait « Reign », sur l’histoire de la reine de France si je ne m’abuse, et il y avait plusieurs saisons. Le truc, c’est qu’entre cette série et « La Nonne », je n’ai pas été amenée à la revoir si souvent. C’est une actrice qui a une carrière assez atypique et discrète. Ça faisait des années et des années que je ne l’avais pas revue.

Anna Popplewell dans La Nonne 2
Anna Popplewell dans La Nonne 2

GAME OF THRONES… difficile de ne pas en parler ! Votre voix a bercé les fans pendant 8 saisons ! Comment êtes-vous devenue la voix française du personnage de Daenerys Targaryen, donc de la fabuleuse actrice britannique Emilia Clarke ?

Contre toute attente, non, il n’y a pas eu de casting ! Daenerys, quand elle arrive — à moins qu’on ait lu les livres — c’est vraiment la sœur dont tout le monde pense qu’elle va se faire victimiser par une espèce de taré qui brigue le Trône de Fer… Donc on ne se doute pas qu’elle va devenir un personnage central.

Je ne sais pas si Laurent Dattas (DA) avait lu les bouquins et savait où il allait… mais je ne pense pas. On s’est tous retrouvés assez surpris que cette nana prenne autant d’importance, et au bout d’un moment on a compris qu’elle allait devenir une pièce maîtresse du scénario.

Donc non, il n’y a pas eu de casting. Je faisais juste la sœur de Sébastien Desjours (Viserys Targaryen). Cette fille qui se faisait un peu bringuebaler, qui était promise à un mariage, etc. Et ensuite ça a déroulé.

Je n’avais jamais doublé Emilia Clarke, je ne connaissais pas bien sa carrière avant tout ça. C’est suite à ça que je me suis retrouvée à la suivre.

Daenerys Targaryen - Première apparition dans Game of Thrones
Daenerys Targaryen - Première apparition dans Game of Thrones

Imaginiez-vous un tel succès quand vous avez commencé les enregistrements ? Et dans quel genre d’aventure vous embarquiez ?

Non, je ne savais pas du tout. Je n’ai pas lu les livres, et de toute façon je ne voulais pas savoir comment ça allait se finir. J’ai découvert cet univers sur le tard.

Il faut dire que je suis « un peu » fleur bleue… Moi, tout ce qui est sang et bataille, ça peut me plaire si c’est très grotesque, mais dès que ça devient plus réaliste, j’ai beaucoup plus de peine. Encore maintenant, il y a des scènes de Game of Thrones dont je me souviens parfaitement, qui sont horribles et qui me traumatisent. Il y a des moments où je suis genre : « Oh mon Dieu, mais quelle idée d’aller inventer des choses pareilles ! »

Après, quand on le fait, on est concentré sur autre chose. Par exemple « La Nonne »… je ne peux pas regarder des films d’horreur, ce n’est vraiment pas mon truc. Mais en le faisant, on se tient un peu à distance de la fiction.

Avez-vous senti une pression particulière dans votre travail plus les saisons avançaient ?

Non. Il y a juste eu un tournant où il y a eu besoin de prendre un peu de densité pour jouer ce personnage.

C’était un plaisir. C’était une série qui avait vachement de succès. Après, je me faisais engueuler par les copains quand je leur disais que j’allais doubler ça : « Ah mais tu nous dis pas !! Tu nous dis pas ! » Ben bien sûr que non !

Parfois les gens prennent très au sérieux ces histoires de spoil. Ça m’a surprise, mais à part ça, tout était plutôt joyeux.

Emilia Clarke incroyable dans son rôle de Daenerys
Emilia Clarke incroyable dans son rôle de Daenerys

Il y a une scène qui vous a particulièrement marquée dans la série ? Ou qui a été difficile à doubler ?

Non. Ce qui a été difficile, c’est quand on doublait le Dothraki au début. Parce que bon, doubler une langue inventée dont les gens ensuite se sont plaints qu’elle n’était pas respectée… alors qu’elle était inventée… c’était un peu beaucoup. Mais ensuite HBO a décidé qu’on ne le faisait plus, donc ça s’est arrêté.

Dovaogedys-Dracarys- L'incroyable scène de la saison 4 dans laquelle Daenerys parle Varlyrien
Dovaogedys-Dracarys- L'incroyable scène de la saison 4 dans laquelle Daenerys parle Varlyrien

Pour l’anecdote, c’était bien ma voix en Dothraki au début de la série, mais je ne saurais pas vous dire quand ça s’est arrêté.

Sinon, il y a tous les trucs avec le personnage de Ramsay Bolton qui étaient horribles, mais je n’ai pas été amenée à les voir en studio : j’ai découvert tout ça après. Toutes ces scènes de viol, d’esclavage, avec des enfants… c’est un truc dans la fiction où je suis toujours un peu perplexe et mal à l’aise.

Mais à part ça, non. Quand on est concentré sur quelque chose, c’est comme si on sortait un peu du rôle du spectateur quand on travaille. Notre concentration est happée, donc fatalement notre posture est réglée par ça.

Comment avez-vous vécu la dernière saison (8) ? Est-ce que c’était la fin que vous vouliez pour votre personnage ?

Moi très bien (rire) ! J’ai senti que c’était très important pour beaucoup de gens, et c’était sûr que ça allait un peu gueuler ! Ça faisait trop longtemps que tout le monde était sur le dossier pour qu’à un moment donné ça se conclue et qu’on soit là : « Ah bah super, c’était bien ! »

Et moi, n’ayant pas lu les livres, je ne trouve pas que ce soit si décevant. Je ne crois pas qu’on aurait pu satisfaire tout le monde quoi qu’il en soit.

Pour la fin de Daenerys, j’ai appris pendant la scène qu’elle mourait… De mémoire, je crois que j’étais super choquée et outrée : « Mais comment ! JON ! Mais non mais non ! ».

"Mais comment ! JON ! Mais non mais non !"
"Mais comment ! JON ! Mais non mais non !"

Il y a quelques années, j’avais eu l’occasion d’interviewer « votre partenaire » Jon Snow / Benjamin Penamaria. Est-ce que vous avez beaucoup échangé ensemble sur vos personnages respectifs 

Je n’ai pas le souvenir qu’on ait tant enregistré ensemble avec Benjamin. Bien entendu, plus qu’avec d’autres, mais vous savez, il y a le système des tracks où on enregistre seul.

J’ai beaucoup enregistré avec notre regretté Patrick Béthune (voix de Ser Jorah Mormont). J’ai passé beaucoup de temps avec lui. Et également avec Constantin Pappas (voix de Tyrion Lannister). Mais principalement avec Patrick, et ça c’était vraiment génial.

Et pour revenir à Benjamin, je l’aime beaucoup. On a bossé sur d’autres trucs, et c’était top.

En 2016, vous avez intégré la famille « Star Wars » pour le personnage de Maz Kanata. C’était un rêve d’enfant de vivre cette aventure intergalactique ?

Je connaissais Star Wars, j’avais vu. Mais je n’avais pas le « level » de fan de certaines personnes autour de ces sagas-là. Moi j’adore ce genre de trucs, comme maintenant j’adore les Marvel. J’aime bien ces films, ça me distrait.


Je me souviens d’un ami à moi, à l’époque où j’ai été prise, qui était vraiment un de mes meilleurs copains. Je lui ai annoncé ça — lui était vraiment fan de Star Wars — et je me rappelle qu’il est devenu tout rouge, avec presque une montée de larmes, quand je lui ai dit que j’allais doubler ça. Donc moi j’étais contente parce qu’il était content (rire).

C’est prestigieux de travailler pour une franchise comme celle-ci.

Maz Kanata a plus de mille ans, et c’est une créature qui a l’air d’une petite pomme un peu ridée. Donc il y a tout un travail de voix : j’ai essayé de garder la même énergie que la voix originale (Lupita Nyong’o) et de respecter ses choix.

On est content, mais c’est du travail, ni plus ni moins, qu’on a envie de bien faire, comme sur chaque chose. Je me souviens que c’était Jean-Pierre Dorat (DA) la première fois que je me suis retrouvée sur Star Wars, donc j’étais contente aussi de travailler avec lui.

Ce sont de bons souvenirs, mais la petite fille en moi n’a pas vibré. Enfin… ce n’est pas qu’elle n’a pas vibré, c’est nul de le dire comme ça, mais disons qu’il n’y a pas cette partie « fan » de mon cœur qui était vraiment trop contente. J’étais juste heureuse, mais « normal ».

Maz Katana - Star Wars 7 The Force Awakens
Maz Katana - Star Wars 7 The Force Awakens

Par contre en 2018, Emilia Clarke était dans cette saga Star Wars, dans le film « Solo: A Star Wars Story », mais ce n’était pas vous au doublage, mais Victoria Grosbois.

Ils avaient trouvé que je n’allais pas très bien sur Emilia pour ce film. Voilà… Parfois les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas…

Et puis grâce à ça, c’est Victoria qui a payé l’apéro ! (rire)

Quelle est la voix dont vous êtes la plus fière de doubler ?

Je me souviens qu’avec Raphaël Anciaux, j’ai doublé une comédienne qui se nomme Brie Larson, et qui avait fait un film qui s’appelle « Room », l’adaptation d’un fait divers assez abominable, un enlèvement. C’était un film vraiment très réussi, et Brie Larson était incroyable !! Je suis très fière de l’avoir doublée, parce qu’on avait pensé à moi pour sa voix… et ça m’a flattée, si on peut le dire comme ça.

Et récemment, j’ai adoré doubler Hannah John-Kamen dans le film « Thunderbolts », et comme j’aime bien les Marvel, j’étais super heureuse.

Pour revenir à Brie Larson, je vous avoue avoir été très triste de la voir débarquer dans le MCU pour le rôle de Captain Marvel… une sombre histoire pour moi… (rire) ! Mais la VF ne perd pas au change, car Élisabeth Ventura est juste géniale.

Brie Larson dans The Room (2015)
Brie Larson dans The Room (2015)

Est-ce que le jeu vidéo est un sujet qui vous parle dans le doublage ?

Non, je n’en fais pas beaucoup. J’ai pu parfois en voir grâce à mon frère qui y jouait plus jeune.

J’ai réalisé l’ampleur du marché des cinématiques, où j’ai été pas mal scotchée en me disant : « Ah oui, c’est quand même le futur du cinéma, ces cinématiques de jeux vidéo. » La portée du travail, la précision, l’aspect poussif… c’est vraiment tout ce qui m’a impressionnée.

Je n’ai pas été souvent amenée à en faire, donc c’est un domaine que je ne connais pas très bien. Je n’ai pas fait de grands jeux vidéo. Bon, après, comme j’ai travaillé dans le doublage pour certaines franchises, j’ai pu doubler dans des jeux comme Narnia, Star Wars

Je suis assez souvent en voix additionnelles, des personnages que les joueurs rencontrent… donc très aléatoires.

Que ça soit pour du cinéma, séries TV, jeux vidéo, série animation… Est-ce que vous « préparez » votre voix différemment ? Ou c’est souvent les mêmes routines ?

Je ne me prépare jamais avant à part s’échauffer la voix avant d’arriver en plateau !

C’est quand j’arrive pour les enregistrements que je commence à travailler. Tout dépend de ce que l’actrice ou le personnage propose comme choix initiaux dans son jeu ou ses émotions.

En fonction de ce que ça m’évoque, de mon ressenti, et par instinct. Ce sont des choix qui sont déjà faits, en fait. Donc ce n’est pas la même chose que quand on doit opter pour un parti pris et ensuite l’appliquer. Nous, on arrive au bout de la chaîne, donc on doit se caler aux émotions proposées.

En tout cas, ma méthode à moi, c’est d’être attentive à ce qui a déjà été choisi et de voir comment je m’en dépatouille, je dirais ça comme ça.

"ma méthode à moi, c’est d’être attentive à ce qui a déjà été choisi et de voir comment je m’en dépatouille" - Marie Tirmont
"ma méthode à moi, c’est d’être attentive à ce qui a déjà été choisi et de voir comment je m’en dépatouille" - Marie Tirmont

Avez-vous déjà pu doubler avec votre demi-sœur Frédérique Tirmont, qui est entre autres la voix française de Meryl Streep ?

Si, on a fait des séries ensemble, mais je ne suis pas certaine qu’on ait déjà fait des boucles ensemble. Ça ne m’arrive pas très souvent d’être dans la même série ou le même film qu’elle. Dernièrement, nous nous sommes plus retrouvées au théâtre qu’au doublage.

Et ça se passe bien en général avec votre demi-sœur ? C’est plus facile quand on a un membre de sa famille avec soi ?

Ce n’est pas plus facile, c’est différent… mais c’est génial. C’est difficile à expliquer, mais quand on connaît très fort quelqu’un dans l’intime, on n’est pas forcément amené à le voir dans des contextes professionnels et à observer ses réflexes, ses habitudes de travail, ses failles, sa manière d’appréhender les choses, les relations humaines, etc. C’est assez chouette de découvrir ça aussi. Les gens qu’on connaît très bien dans l’intime, quand on les retrouve dans des cadres plus formatés, c’est cool aussi. On est chanceuses et reconnaissantes d’avoir joué ensemble.

Est-ce que ça vous est déjà arrivé d’être reconnue par quelqu’un après une représentation ? Ou dans la rue ?

Oui, ça m’est déjà arrivé au théâtre. On a une compagnie qui s’appelle « La Base » et, parmi le travail qu’on fait, il y a souvent des actions territoriales. Donc il y a beaucoup de jeunes qui viennent nous voir pendant les spectacles, et du coup ça m’est déjà arrivé d’être interpellée : « Heu pardon madame, vous n’êtes pas la voix de… ? » « Si si, c’est moi… » C’est toujours des moments sympas.

Quels sont vos meilleurs souvenirs de doublage jusqu’à aujourd’hui ?

Je me souviens du dessin animé « Raiponce » (la série), avec toujours Barbara Tissier, et un de mes partenaires c’était Jean Baptiste Anoumon. J’ai de grands souvenirs de rigolades sur ça.

Et sur une autre série qui s’appelle « Killjoys », une espèce de série sur des mercenaires de l’espace, pour vous la faire très rapide. C’était un truc complètement ubuesque, mais qui avait visiblement, dans le panel des gens qui aiment la SF, un certain succès. On faisait ça avec Christine Bellier qui dirigeait, et mes partenaires étaient Anatole de Bodinat et Adrien Antoine. On a vraiment exceptionnellement ri sur cette série aussi.

Hannah John-Kamen dans la série Killjoys
Hannah John-Kamen dans la série Killjoys

Vous êtes dans la trilogie « Deadpool » pour la voix de l’actrice Brianna Hildebrand qui campe le personnage de Negasonic. Vous parliez de Marvel tout à l’heure, vous êtes en plein dedans en fait, votre rêve de gosse ! Ça doit être juste incroyable d’être dans « Deadpool » !!

Oh oui, ça c’est génial ! Ce qui est trop triste, c’est que le personnage que j’ai n’est pas très présent, donc du coup je suis vraiment passée en coup de vent. J’aurais adoré en avoir plus !

Les clés de ce genre de production, c’est que les images qu’on a, nous, sont ce qu’on appelle rotoscopées : ce sont des images noires avec juste des trous pour la tête du personnage qu’on fait. C’était le cas pour la dernière saison de « Game of Thrones » et pour certains Marvel aussi. Et en vrai, pour ne pas vous mentir, ça gâche pas mal le plaisir. Ce ne sont malheureusement pas les projets où j’ai pu le plus profiter de la chance que j’avais.

Negasonic et Deadpool
Negasonic et Deadpool

Êtes-vous plutôt VO ou… VF ?

J’ai eu l’impression assez jeune qu’il y avait une certaine forme de snobisme autour de la VF, et que du coup les gens disaient : « Non mais moi je trouve que la VO c’est nettement mieux ! »

Mais ça dépend du film, de l’heure qu’il est, si je suis fatiguée, si j’ai le courage de m’appuyer sur les sous titres ou si j’ai juste envie de regarder sans me prendre la tête. J’aime autant les deux, en fait.

Moi, ce que j’aime dans la VF, c’est de m’attacher à des voix, à des personnes. Je sais bien que doubler ne rend pas le même travail que l’original, mais avec le temps on s’habitue aux voix. Quand j’étais petite, Julia Roberts avait la voix de Céline Monsarrat, et pour moi c’était tout. Je ne me posais pas la question. Et quand on la change… on se dit tout de suite : « Mais qu’est ce qui se passe ? Qu’est ce que vous faites ? »

Il y a un sujet qu’on ne peut pas éviter actuellement, c’est l’IA… ! Quel est votre avis ? Comment appréhendez-vous tout ça pour votre futur ? Avez-vous peur pour votre travail ?

Je n’ai pas encore bien compris comment fonctionnait ChatGPT ! Ça m’a l’air d’un truc incroyable, j’entends des gens qui font des choses inimaginables avec cet objet.

Je crois que je n’ai pas les compétences pour y répondre, et ça va tout bouleverser. Et comme dans tout grand bouleversement, on est loin de pouvoir imaginer les répercussions, y compris positives, que cela va avoir sur les choses. Il ne faut pas se concentrer uniquement sur ce que ça fait disparaître, mais aussi regarder ce que ça peut amener, faciliter, démocratiser…que sais je.

C’est dense comme sujet… Il faut faire attention, se protéger, etc. Est ce qu’on croit en la nature humaine ou pas ? Est ce qu’on se dit que les gens ne seront pas OK pour laisser des robots remplacer ce qui relève encore d’une branche artistique ?

Je crois qu’on sous estime un peu les gens, et en même temps leur capacité à s’endormir en étant bernés par des trucs pas qualitatifs.

Mais bien entendu que ça va changer la donne. Avoir peur ? Non. Je pense qu’il vaut mieux se renseigner et essayer de se protéger de la manière la plus efficace et intelligente possible.

C’est une innovation qui, de toute façon, ne nous laisse pas le choix quant à son existence. L’IA ne va pas rétro pédaler maintenant, donc il faut voir comment travailler avec et pas contre !

Mais c’est évident qu’un humain, pour jouer des sentiments, est meilleur qu’un ordinateur. C’est contre le bon sens de dire l’inverse. La peur n’évite pas le danger.

Avant de conclure, parlez moi un peu de vos talents de musicienne, vous étiez dans du Ska Punk si je ne me trompe pas ?

On peut en parler au passé, oui. Je suis fille de chanteuse et de chanteur lyriques, donc j’ai chanté quand j’étais jeune, j’avais un groupe. Après, j’ai toujours plus ou moins fait de la musique à côté. Mais ces dernières années, j’ai moins eu le temps et l’opportunité de chanter en concert ou des choses comme ça. Mais peut être que ça reviendra.

Un dernier mot pour Gillesfaitsoncinema.com ?

J’ai envie de vous remercier, parce que c’est toujours flatteur, encourageant et enthousiasmant que des gens s’intéressent à ce qu’on fait. Et que ça puisse donner lieu à des discussions, des curiosités et du partage.

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